Paris, 20e arrondissement

Cher lecteur,

l’espace des Blancs Manteaux à Paris a accueilli ce weekend la Fête du livre et des cultures italiennes, où j’ai eu le bonheur d’assister à “Au travail !”, une présentation-lecture de textes théâtraux italiens traduits en français grâce à l’aide de la Maison Antoine Vitez. Les quatres textes présentés étaient “A l’air libre” de Tino Caspanello, “La badante” de Laura Forti, “Olivetti” de Laura Curtino et “Reportage Tchernobyl” de R. Biagiarelli et Simona Gonella : tout, de la traduction à la lecture, dénotait une grande qualité de travail, et a été l’opportunité de retrouver un bout de mon italianité parmi les français.

Je me pose tout de même une question : comment est-il possible, aujourd’hui, que la traduction reste un élément aussi fondamental dans la transmission de textes et de cultures ?

Les systèmes de l’éducation nationale en France, et en Italie, et aux Etats-Unis disent enseigner (et investissent de considérables sommes à cet effet) au moins deux langues étrangères à tous les étudiants depuis 15 ans. Pourtant on continue à ne pas apprendre et parler les langues étrangères. Ce qui n’a rien d’anormal en soi : je crois fermement qu’on apprend une autre langue par nécessité, et non par désir.

Je suis quand même rattristée par cette situation. Apprendre une langue, c’est réapprendre à parler, à penser, à se mettre en relation avec les autres : apprendre une langue, c’est apprendre à construire une phrase en cette langue, apprendre à réorganiser la façon dont on pense selon cette construction. Apprendre une langue, c’est se confronter à la/les culture/s et modes de vies liés au pays d’origine de la langue, s’ouvrir à la possibilité d’imaginer d’autres façons d’organiser sa vie, ses relations, son travail. Apprendre une langue, c’est se confronter à l’Autre. Ne serait-ce que d’essayer de la comprendre cette langue, c’est de vraiment écouter l’Autre. C’est savoir qu’on ne comprend pas, qu’on est humain, qu’on se trompe et que c’est normal.

Ne pas apprendre une langue étrangère, c’est de perdre une opportunité unique, à mon avis. Et accepter une traduction, c’est ne pas écouter ce que l’Autre est vraiment en train de dire. Donc, je me demande si traduire un texte permet à l’individu de traverser les frontières et de s’exposer à l’Autre. Ou si, à travers la traduction, les cultures ont elles une opportunité de se confronter et de s’entremêler. Je me le demande, et je reste ouverte au débas.

Nerina

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